24 rue Meyerbeer : cette maison est plus ancienne que le nom de sa rue

Au 24 rue Meyerbeer, à Nice, la maison est plus ancienne que le nom de sa rue. Les demandes de construction d’Horace Bouttin, datées de 1874 et 1875, la situent encore rue du Lavoir. La voie devient rue Meyerbeer en 1877, selon l’Inventaire général du patrimoine culturel. Derrière la façade ocre et les persiennes, une adresse raconte ainsi deux transformations : celle du bâtiment, agrandi en hauteur, et celle d’une ville qui inscrit la musique dans ses noms de rues.
« Plus ancienne que la rue Meyerbeer » signifie donc plus ancienne que cette dénomination. La voie existait déjà : c’est précisément l’ancien nom conservé dans les archives qui permet de remonter son histoire.
24 rue Meyerbeer : une maison née rue du Lavoir
Les Archives Nice Côte d’Azur conservent deux notices explicites : une demande de construction d’Horace Bouttin en 1874, cote 2 T 44-194, puis une seconde en 1875, cote 2 T 45-1. Toutes deux concernent une maison rue du Lavoir. Elles donnent un nom de commanditaire, une période et une adresse ancienne, mais ne certifient pas à elles seules le jour d’achèvement du chantier.
La fiche architecturale PSS du 24 rue Meyerbeer rattache ces dossiers à l’immeuble actuel, également désigné comme ancienne Maison Bouttin, et situe sa réalisation vers 1875. On peut donc parler d’une construction autour de 1874–1875, en conservant cette nuance entre demandes administratives et réalisation.
Ce détour par le nom disparu est précieux. Chercher uniquement « Meyerbeer » ferait manquer les premières étapes du bâtiment. Pour retrouver une maison ancienne, son adresse d’aujourd’hui ne suffit pas toujours : les propriétaires, les anciens noms de voies et les cotes d’archives sont souvent les meilleurs fils conducteurs.
1877 : pourquoi la rue prend-elle le nom de Meyerbeer ?
L’Inventaire général, dans son dossier sur l’hôtel Westminster, précise que la rue du Lavoir devient rue Meyerbeer en 1877. Ce repère institutionnel place le changement de nom après les deux demandes d’Horace Bouttin.
La dénomination rend hommage au compositeur Giacomo Meyerbeer (1791–1864), figure du grand opéra français, auteur notamment des Huguenots. Son nom appartient à la mémoire musicale de Nice, où il séjourna. Il ne faut cependant pas transformer cet hommage en histoire de résidence : rien dans les sources consultées n’établit qu’il ait habité au numéro 24, dont les demandes de construction sont postérieures à sa mort.
Le lien musical avec Nice possède une trace moins attendue : le catalogue de la Bibliothèque nationale de France répertorie, dans l’Anthologie de la chanson niçoise recueillie par Georges Delrieu, une pièce de Meyerbeer intitulée Nice à Stéphanie, grande-duchesse de Bade. Un rappel concret que sa présence dans la mémoire locale ne se limite pas à une plaque de rue.
La date précise de la délibération municipale et son exposé des motifs restent à vérifier dans les actes originaux. L’année 1877 est documentée ; attribuer le choix du conseil municipal à un séjour particulier, à une œuvre précise ou à un anniversaire serait aller au-delà des éléments retrouvés.
De 1875 à 1894 : une histoire de surélévations
Une troisième notice municipale apporte une surprise : dès 1875, Horace Bouttin demande à ajouter deux étages à sa maison rue du Lavoir, cote 2 T 46-3. Cette mention enrichit la chronologie, mais la notice ne porte pas de numéro de rue. Le rattachement parcellaire exact de cette demande au 24 actuel, ainsi que son exécution, demanderaient la comparaison des plans originaux. Ce n’est donc pas la preuve que deux étages visibles aujourd’hui datent de cette année.
Pour le numéro 24, PSS signale ensuite une surélévation consécutive à une demande d’Honoré Bouttin en 1894, sous la cote municipale 2 T 95-39, et situe cette seconde phase vers 1895. La formulation juste est « surélévation demandée en 1894 » : ni une date précise de fin des travaux ni le nombre d’étages alors ajoutés ne sont établis ici.
Deux prénoms se succèdent donc dans les références : Horace et Honoré. Leur patronyme commun ne suffit pas à établir un lien père-fils, une succession ou une autre parenté. L’architecte de ces campagnes reste également non identifié dans les éléments consultés.
Une façade régulière, plusieurs âges possibles
Sur la photographie fournie, le 24 se repère à son entrée rouge sombre, sous le petit numéro de porte. Au-dessus du rez-de-chaussée commercial se lisent quatre niveaux de fenêtres, rythmés par des persiennes et des encadrements clairs. Les balcons en ferronnerie introduisent du relief ; la corniche à consoles marque le sommet de la façade, tandis que des ouvertures de toiture apparaissent en retrait.
Le décor reste relativement sobre, surtout à côté de la façade plus ornée visible sur la gauche. Cette différence aide à regarder chaque immeuble pour lui-même, sans attribuer au 24 les éléments décoratifs de son voisin. Les vitrines et enseignes racontent quant à elles l’usage commercial visible au moment de la prise de vue, sans renseigner les activités du XIXe siècle.
La régularité actuelle peut donner l’impression d’un projet exécuté d’un seul geste. Les demandes successives invitent à une lecture plus attentive. Une façade harmonisée peut dissimuler des transformations ; seule la confrontation entre élévations anciennes, plans et état présent permettrait de situer exactement chaque intervention. Ni la teinte actuelle, ni chaque balcon, ni les ouvertures de toiture ne peuvent être datés à partir de cette seule image.
Trois détails qui replacent la maison dans son quartier
Le lavoir appartient à une histoire matérielle du secteur. Le dossier régional du Westminster relate l’acquisition par Thomas Dalmas du terrain d’un lavoir et d’un moulin à grains avant une extension réalisée en 1867 au débouché de la rue. Ce contexte documente des usages antérieurs à l’image des grands hôtels ; il ne situe pas ce lavoir sous la Maison Bouttin.
Meyerbeer marque aussi une ancienne limite de la promenade. Le Département des Alpes-Maritimes rappelle que le premier chemin littoral, à l’origine de la promenade des Anglais, allait jusqu’à l’actuelle rue Meyerbeer. Cette rue secondaire d’aujourd’hui correspond ainsi à un repère important dans l’expansion du front de mer.
La Maison Bouttin n’est pas le Palais Meyerbeer. Le palais situé au 45 boulevard Victor-Hugo est un autre édifice : le ministère de la Culture le date de 1908 et l’attribue à Adrien Rey, pour Isaac Murisier. Notre article consacré au Palais Meyerbeer permet de prolonger la promenade sans confondre les deux histoires.
Le regard FranceNest sur l’immeuble ancien
Cette histoire rappelle pourquoi l’année de construction ne résume pas un bâtiment. Un appartement peut se trouver dans un ensemble dont les étages, la toiture et les distributions résultent de campagnes différentes. Pour comprendre un bien, nous rapprochons la visite des documents disponibles : plans, historique des travaux, état des parties communes et éléments propres au logement.
La lumière, l’étage, le plan, l’exposition et l’état réel du bâtiment restent essentiels. Le récit patrimonial éclaire l’adresse ; il ne permet pas, à lui seul, d’annoncer une valeur ou de déduire la qualité technique d’une surélévation. Ici, aucune estimation chiffrée ni aucun diagnostic du 24 n’est avancé.
Méthode : notices du catalogue municipal consultées pour 1874 et 1875 ; rapprochement avec l’adresse actuelle et phase de 1894 d’après PSS ; dénomination de 1877 d’après l’Inventaire régional. Les dossiers matériels et leurs plans n’ont pas été examinés. La description architecturale repose sur la photographie fournie.
Questions fréquentes
Quand la maison du 24 rue Meyerbeer a-t-elle été construite ?
Sa construction est située vers 1874–1875. Les notices municipales enregistrent deux demandes d’Horace Bouttin, en 1874 puis en 1875, rue du Lavoir ; PSS les rattache au 24 actuel et propose une réalisation vers 1875.
Quel était l’ancien nom de la rue Meyerbeer ?
Les premières demandes concernant la maison mentionnent la rue du Lavoir. L’Inventaire général du patrimoine culturel date de 1877 son changement de nom en rue Meyerbeer.
Pourquoi le nom de Giacomo Meyerbeer a-t-il été choisi ?
La rue honore le compositeur Giacomo Meyerbeer, lié à l’histoire musicale et à la villégiature niçoises. Le motif détaillé de la décision municipale reste à vérifier dans la délibération originale.
Que s’est-il passé en 1894 ?
Selon la fiche PSS, Honoré Bouttin a demandé une surélévation, référencée aux archives sous la cote 2 T 95-39. L’année 1894 correspond à cette demande ; l’achèvement exact des travaux n’est pas établi ici.
Le compositeur Meyerbeer a-t-il vécu dans cette maison ?
Aucune source consultée ne l’atteste. Meyerbeer est mort en 1864, avant les demandes de construction de 1874–1875. Le nom de la rue ne constitue pas une preuve de résidence au numéro 24.
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