Hôtel de la Méditerranée : du palace du XIXe siècle au modernisme des années 1930

Au 25 Promenade des Anglais, les balcons arrondis ont remplacé les salons où peignait Matisse. L’Hôtel de la Méditerranée, à l’angle de la rue Meyerbeer, raconte une transformation spectaculaire de Nice : celle d’une adresse de villégiature du XIXe siècle devenue un ensemble résidentiel moderne dans le mouvement des années 1930. Entre les deux, une même proximité avec la mer, mais une tout autre manière de dessiner la façade et d’occuper la parcelle.
Le lieu se situe dans le secteur Carré d’Or / Promenade des Anglais, au débouché de la rue Meyerbeer. Il ne faut pas le confondre avec le Palais de la Méditerranée : l’hôtel disparu et le célèbre établissement issu d’un casino constituent deux histoires distinctes.
L’Hôtel de la Méditerranée : un décor de villégiature du XIXe siècle
La construction est généralement située vers 1863, pour le marquis Joseph de Villeneuve-Bargemon. La notice d’archives de sa demande de construction, datée de 1862, est indexée par FranceArchives sous la cote 2 T 12-818, aux Archives de Nice. La fiche historique PSS de l’hôtel reprend cette référence et situe sa disparition vers 1937. Ces repères ne constituent pas des dates exactes d’inauguration ou de fin de démolition.
L’étude documentaire consacrée à la Promenade des années 1860 replace le chantier à l’emplacement de la maison Villanova, près de l’ancienne ruelle du Lavoir. Elle renvoie notamment à une photographie de chantier conservée aux Archives départementales et à des guides contemporains. Pour retrouver l’évolution de cette voie, on peut prolonger la lecture avec l’histoire de la rue Meyerbeer.
Sur la carte postale fournie en ouverture, l’enseigne permet de reconnaître l’hôtel. Encadrements de fenêtres, frontons, balcons ouvragés et corniche composent une façade qui multiplie les accents décoratifs. Le regard passe d’une baie à l’autre, s’arrête sur un relief, puis remonte vers le couronnement. Cette richesse appartient à l’image de la villégiature que l’on associe à la Nice de la Belle Époque, même si l’origine de l’édifice lui est antérieure.
Parler d’un « palace du XIXe siècle » évoque ici cet imaginaire hôtelier ; il ne s’agit pas d’attribuer rétrospectivement une distinction hôtelière actuelle. La carte porte la mention « Édition Giletta, phot., Nice ». La date exacte de la prise de vue et l’histoire de sa mise en couleur ne sont pas établies pour l’exemplaire fourni.
Henri Matisse à l’Hôtel de la Méditerranée : les hivers de 1918 à 1921
Matisse découvre Nice en décembre 1917 et séjourne d’abord au Beau Rivage. Le musée Matisse de Nice retient le 25 décembre pour son arrivée ; une notice du Centre Pompidou la situe vers le 20. Le mois est donc le repère commun le plus sûr. Le Beau Rivage, puis un atelier voisin, précèdent la Méditerranée dans son parcours niçois.
La chronologie du musée Matisse de Nice situe les séjours à l’Hôtel de la Méditerranée de l’automne 1918 à 1921. Après un été à Issy-les-Moulineaux, il revient à Nice et fréquente l’établissement pendant les hivers. Il ne faut donc pas transformer cette période en quatre années de résidence continue dans une chambre unique. À l’automne 1921, il s’installe place Charles-Félix, près du cours Saleya.
Le souvenir de l’hôtel est particulièrement concret. Dans un témoignage de 1952 repris par le musée et par Université Côte d’Azur, Matisse évoque les plafonds à l’italienne, le carrelage et un salon rococo. Il décrit une lumière passant à travers les persiennes, comparable à un éclairage de théâtre venant d’en bas. Les chambres successives accueillent ses modèles et les arrangements de tissus, de fleurs et d’objets avec lesquels il compose.
Aucun numéro de chambre n’est avancé ici : les sources retenues ne permettent pas de l’établir. L’intérêt du séjour tient à ces intérieurs documentés, et à leur place dans les débuts de sa relation avec Nice.
Une chambre, une fenêtre : ce que les musées relient à sa peinture
Le lien avec l’œuvre dépasse l’anecdote d’un artiste célèbre ayant dormi à cette adresse. Le musée de l’Orangerie identifie dans Le Boudoir, daté de 1921, plusieurs éléments d’une chambre de Matisse à l’hôtel. Sa notice décrit une coiffeuse au miroir orné de têtes de cygne, de grands rideaux blancs, un carrelage rose et, au-delà de la fenêtre, le ciel et un palmier. Ces détails appartiennent à une composition peinte : ils ne constituent pas un relevé complet de la pièce.
Le Metropolitan Museum of Art distingue lui aussi les tableaux réalisés à la Méditerranée de ceux du Beau Rivage. À propos d’Interior at Nice (Room at the Hôtel Méditerranée) et de Woman on a Divan (Room at the Hôtel Méditerranée), il souligne la poursuite des recherches sur l’intérieur, enrichies par la présence humaine et les reflets dans les vitres.
L’environnement est donc bien une matière de travail : la chambre, ses ouvertures et son éclairage entrent dans les problèmes picturaux que Matisse explore. Cela autorise à parler d’un lieu important de sa première période niçoise, sans faire de cet hôtel l’origine unique de son art. Surtout, le décor qu’il a connu a disparu : les immeubles actuels n’abritent pas sa chambre préservée.
1937 et 1939 : une reconstruction en deux étapes
Après la démolition située vers 1937, un programme résidentiel remplace l’hôtel. Les recherches de l’Inventaire général, Région Sud et Ville de Nice établissent deux demandes de permis : juillet 1937, Kevork Arsenian, pour la partie donnant sur la Promenade ; avril 1939, Paul Labbé et Gaston Nénot, pour le bâtiment en fond de parcelle, accessible côté Meyerbeer. Il s’agit de jalons administratifs, pas de dates certaines de livraison.
Le nom d’Immeubles de la Méditerranée, également Méditerranée-Meyerbeer, prolonge celui du lieu. La notice architecturale PSS relève aussi l’inscription « J. J. MECATTI » au-dessus des entrées sur la Promenade, mémoire du commanditaire du nouvel ensemble.
Balcons filants, cour et vestibule : lire le modernisme
L’Inventaire décrit huit niveaux, des balcons continus, des garde-corps évoquant le bastingage et une rotonde vitrée à l’angle. Le premier bâtiment se retourne sur Meyerbeer ; une cour-jardin ouverte sur cette rue le sépare du second. Les grands appartements en façade maritime contrastent, dans le programme documenté, avec les studios arrière dotés d’une alcôve, d’une cuisine, d’une salle de bains et d’une loggia.
La différence avec la façade ancienne peut se lire comme un changement de rythme : à la succession des fenêtres soulignées d’ornements répondent de longues lignes qui accompagnent le front de mer. Les arrondis assurent la transition au carrefour. Le vocabulaire du bateau, suggéré par les garde-corps, renforce cette lecture maritime. La sobriété ne signifie donc pas absence de dessin : les proportions et les courbes prennent davantage de place dans l’expression du bâtiment.
Les relevés et photographies de l’Inventaire documentent également les entrées arrondies bordées de pierre noire, les vestibules traversants, les plafonds à volutes en staff et les ferronneries des paliers. L’enquête date de 2017 : elle atteste des éléments alors conservés, sans garantir chaque détail de leur état actuel. Autre fait discret : le porche dessiné côté Meyerbeer sur le plan de 1939 n’a pas été construit.
Le vestibule moderne mérite ainsi d’être considéré pour lui-même. Il appartient à la reconstruction et ne doit pas être présenté comme le salon rococo aimé de Matisse. Cette distinction permet de reconnaître deux patrimoines successifs sans fabriquer une continuité matérielle entre eux.
Une adresse, deux manières d’habiter Nice
Cette transformation donne à voir, à l’échelle d’une parcelle, le passage de la villégiature hôtelière à un habitat collectif moderne. Elle ne résume pas à elle seule toute l’évolution de Nice ; elle en offre un exemple particulièrement lisible. Le rapport à la mer demeure, tandis que changent l’usage, le volume bâti et l’organisation des logements.
Pour comprendre un appartement dans ce secteur du Carré d’Or, cette histoire invite à regarder au-delà du seul nom de la résidence. Position en façade ou en retrait, orientation, vue réelle, étage, distribution et qualité des parties communes doivent être observés séparément. FranceNest s’appuie sur ces caractéristiques concrètes, ainsi que sur l’état du bien et de la copropriété, pour analyser une adresse. La mémoire de Matisse enrichit le lieu ; elle ne suffit pas à déterminer sa valeur immobilière.
Questions fréquentes
Où se trouvait l’Hôtel de la Méditerranée à Nice ?
Au 25 Promenade des Anglais, à l’angle de la rue Meyerbeer, dans le secteur Carré d’Or / Promenade. L’ensemble qui lui a succédé porte aussi l’adresse du 2 rue Meyerbeer.
Quand l’ancien hôtel a-t-il été construit et démoli ?
Les dates retenues sont vers 1863 pour la construction et vers 1937 pour la démolition. La demande de construction du marquis Joseph de Villeneuve-Bargemon est référencée en 1862.
Henri Matisse a-t-il réellement séjourné dans cet hôtel ?
Oui. Les sources muséales documentent des séjours hivernaux entre l’automne 1918 et 1921. L’Orangerie relie plusieurs éléments de sa chambre au tableau Le Boudoir, daté de 1921.
Qui a conçu les immeubles qui ont remplacé l’hôtel ?
Kevork Arsenian est associé à la demande de permis de juillet 1937 côté Promenade. Paul Labbé et Gaston Nénot signent celle d’avril 1939 pour la seconde partie côté Meyerbeer.
Est-ce le même bâtiment que le Palais de la Méditerranée ?
Non. L’ancien hôtel du 25 Promenade des Anglais est distinct du Palais de la Méditerranée. Son remplacement par des immeubles résidentiels constitue une opération différente.
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